Les fondements de la création du diocèse Par Frédéric Vienne, archiviste du diocèse de Lille. Un rendez-vous manqué : 1559 La fondation de Lille ne remontant pas à l'Antiquité, la ville ne devient pas naturellement le siège d'un évêché au Bas Empire. Par contre, des évêques s'installent dans les civitates d'Arras, Cambrai, Thérouanne et tournai. C'est dans ce dernier diocèse que Lille, née au cours du IXe siècle, est intégrée. Vers 1050, les comtes de Flandre y fondent une importante collégiale desservie par quarante chanoines. La croissance économique et démographique de la cité est rapide : on y compte sept paroisses dès la fin du XIIIe s et près de 40000 habitants vers 1500. Aussi, lorsqu'en 1559, Philippe II, pour endiguer la Réforme tout en répondant à des questions pratiques, politiques, démographiques et linguistiques, décide de créer de nouveaux diocèses au Pays-Bas, Lille peut résolument prétendre à devenir le siège de l'un d'entre eux.Mais la proximité de Tournai, dont le ressort est alors largement amputé, rend caduque toute démarche en ce sens. Ainsi, à compter de cette date, le territoire de l'actuel diocèse de Lille est réparti entre les évêchés d'Ypres et Saint-Omer, qui ont succédé, avec Boulogne-sur-mer, à Thérouanne détruite en 1553, Tournai et Arras Un évêque pour la Flandre devenue française (1785-1788) ? Les conquêtes de Louis XIV bouleversent l'échiquier politique des Pays-Bas méridionaux. La nouvelle frontière fixée avec le traité d'Utrecht (1713), donne naissance à une Flandre et un Hainaut « français ». Par la même occasion, elle coupe en deux les diocèses d'Ypres, Tournai et Cambrai. En 1785, pour clarifier cette situation quelque peu embrouillée, et pour éviter que les habitants d'un même diocèse soient soumis à des juridictions différentes, l'intendant de Flandres, Esmangart suggère la création d'un évêché réunissant les territoires en question. S'étendant de Dunkerque à Saint-Amand, son siège serait logiquement établi à Lille, résidence de l'Intendant et première ville au Nord de Paris. La dotation de l'évêque aurait été assurée par les revenus de l'abbé de Loos et du prévôt de la collégiale Saint Pierre, promue cathédrale, le refuge de l'abbaye cistercienne devenant palais épiscopal. Les mémoires se succèdent jusqu'en 1788, mais tout comme pour le diocèse de Moulins, la crise des années suivantes et la Révolution empêchent le projet d'aboutir. Toutefois, l'action de Primat, évêque constitutionnel du Nord, accroit l'importance religieuse de Lille : c'est dans cette ville qu'il est élu en 1791, qu'il s'établit en 1797 et que se tient, la même année, le synode diocésain. « Une cathédrale au concours » (1855) Le projet d'érection d'un diocèse à Lille ressurgit en 1852 sous la plume du député lillois Kolb-Bernard. Dans un long rapport publié intitulé « Intérêts communaux de la ville de Lille », celui-ci développe les arguments présentés en 1822. Avec son cousin, l'abbé Charles Bernard, il est également à initiative d'une commission dont le but est la construction d'une « église monumentale » en l'honneur de Notre-Dame de la Treille, culte remis en vigueur depuis une dizaine d'années, et le remplacement de la défunte collégiale Saint- Pierre, détruite suite à la Révolution. Le programme du concours architectural organisé pour l'occasion et les précisions auxquelles il donne lieu ne laissent aucun douté à ce sujet : il s'agit bien de doter la ville d'une future cathédrale dont l'édification constitue une première étape vers la création d'un évêché. Le début des travaux coïncide avec la parution de l'opuscule d'Armand Prat : « Considérations sur la création d'un évêché à Lille » (1856). A la même époque, Kolb-Bernard demande à l'Empereur que l'archevêque de Cambrai soit également reconnu, dans sa titulature, « évêque de Lille », et qu'une résidence lui soit établie en ville. Ces deux requêtes sont rejetées : la Commission se décide d'acheter seul un hôtel particulier pour l'archevêque (1867). Lille devient une des capitales religieuses de la France (fin 19e s.) L'idée n'est pas abandonnée pour autant. En 1874 et 1877, Pie IX et l'archevêque de Cambrai, le cardinal Régnier, doté d'un auxiliaire depuis 1872, sont unanimes : la création d'un diocèse à Lille est une « nécessité » pour l'un, un « vœu légitime » pour l'autre. La population de l'archidiocèse de Cambrai s'élève alors à lus d'1,5 million d'habitants, ce qui fait, par sa taille, le troisième de France. De plus, Lille y prend une place de plus en plus prépondérante : le très important Congrès annuel des catholiques du Nord et du Pas-de-Calais s'y tient à partir de 1873, une Université catholique s'y implante entre 1874 et 1877, un Séminaire académique y est établi en 1875, etc. Avec Paris et Lyon, Lille s'impose comme une des trois capitales religieuses de la France : la laisser sans évêque résidant semble une anomalie. La succession rapide de trois archevêques de Cambrai entre 1884 et 1892 accrédite l'idée que le diocèse est trop lourd pour les épaules d'un seul homme. La vacance de près d'un an qui s'ouvre à la mort de Mgr Thibaudier, en 1892, déclenche notamment une vaste campagne de presse en faveur de Lille, orchestrée par l'abbé Vandame, chapelain de Notre-Dame de la Treille, et un jeune prêtre enseignant au petit séminaire d'Hazebrouck, un certain abbé Lemire. >>> Lire la suite >>> |